Carnet de voyage…Amélie en Mongolie

Nous sommes en Mongolie pour un séminaire. Je suis avec ma chef et celle-ci me propose, de faire des courses (en Mongolie, ils ont de super cachemires). Je dois présenter le lendemain un exposé sur l’hydrométallurgie du cuivre devant un parterre de journalistes (Je vous fais grâce du contenu de l’exposé). Les journalistes en général sont des femmes, connues nationalement, et sont toujours très bien habillées. Evidemment j’ai prévu un truc ou deux, mais je ne suis pas très sûre de mon choix vestimentaire. Je lui suis donc reconnaissante de ce détour inopiné par les boutiques.

Le magasin où nous allons regroupe différents rayons dans un même bâtiment. Au rez-de chaussée, un supermarché, un bar à ongles des stands de maquillage et de parfum, au niveau supérieur, des vêtements, hommes, femmes plutôt de facture classique ; puis encore un niveau les vêtements et chaussures enfants et tout ce qu’il faut pour la maison, et le dernier étage est consacré à l’artisanat mongol, avec costumes traditionnels, bijoux, objets divers comme des carillons, des petites yourtes des petits sacs. Il y a aussi des bottes mongoles au bout recourbé (Ces bottes ont une forme particulière pour ne pas blesser la terre quand ils marchent dessus). Dans la steppe, certains paysans portent encore ces costumes traditionnels, mais en ville rarement.

Je fais quelques emplettes et je suis assez contente de mes achats (un pantalon, une blouse, et des chaussures à talon). Je pense que je ferai bonne figure, surtout si je fais un brushing.

C’est donc ravie que je quitte le rayon vêtement du magasin et ma chef pour aller chercher des ciseaux à ongles : les chaussures à talon seront certainement plus confortables si je rabote un peu mes ongles de pieds (j’ai oublié de le faire avant de partir et j’en ai assez de me faire piquer mes ciseaux à ongles par les douaniers). Je me dirige vers le supermarché qui est dans le même bâtiment ; je me rends vite compte que je ne trouverai pas là ce que je cherche (à part un coupe ongle au rayon bébé), et je ressorts pour me diriger vers le « bar à ongles », où on m’explique que non, je ne trouverai pas de ciseaux à ongles (bizarre ce bar à ongles, ou alors, je n’ai pas compris l’anglo-mongolo-russo baragouinage). En revanche j’achète une lime et du vernis, c’est déjà ça, j’ai VRAIMENT décidé de faire un gros gros effort de présentation pour être au niveau du parterre de stars nationales. Je retourne donc au supermarché pour me rabattre sur le coupe-ongle bébé, et c’est à la caisse que je me rends compte qu’il me manque un sac. Le sac des chaussures.

Je suis en train de me demander où j’aurais pu le laisser, et je pense tout d’abord au moment où je les ai payées. Les ai-je par inadvertance laissées à la caisse ? J’explique la situation à ma chef, qui me dit de foncer, elle m’attend. Je remonte au rayon chaussures, je retrouve ma vendeuse qui se souvient bien de moi (je l’ai fait rire pacque j’essaye dans la mesure du possible d’exprimer les trois mots de mongol que je connais). Elle m’assure qu’elle m’a donné mon sac, ce dont je ne doute pas. Elle me dit que c’est peut-être ma chef qui l’a, je redescends vérifier mais non. En attendant, je créée bien involontairement un attroupement autour de moi, le chef de la sécurité, les vendeuses, la chef des vendeuses et les mongols parlant anglais qui veulent à tout prix m’aider ; je commence à me sentir très mal à l’aise. Je leur dis de laisser tomber… Mais c’est alors que le directeur de la sécurité, venu se joindre eau groupe me propose de refaire mon parcours avec le système de vidéosurveillance, en me suivant sur les caméras qui enregistrent les clients. Pour savoir où j’ai perdu mon sac. Devant tant de sollicitude (les mongols aiment profondément leur pays et veulent donner une bonne image aux touristes), j’ai du mal à refuser.  Je dis OK, pourquoi pas. Et me voilà obligé de leur détailler mon parcours minutes par minutes. Ils s’y mettent à 3 puis à 6, je ne sais plus où donner de la tête pour répondre aux questions. Je leur dis à nouveau de laisser tomber mais visiblement trop impliqués les mongols refusent et en plus je les énerve car je ne suis pas assez précise sur les horaires de mes déplacements. Ce remue ménage fait arriver une autre chef de la sécurité, qui semble être en fait la chef de tout le monde.

Plusieurs dizaines de minutes s’écoulent durant lesquels je dois détailler mon parcours minutes par minutes. C’est alors, que l’idée me vient de refaire le parcours histoire déjà de leur échapper, mais la grande chef de la sécurité décide de m’accompagner ; je retourne au «bar à ongles » et je tombe évidemment sur mes chaussures que j’avais oubliées à la caisse.

Très très grand moment de solitude.

La directrice de la sécurité fronce les sourcils. Toute son équipe est sur le coup…je suis horriblement gênée. J’en profite donc pour laisser exploser ma joie dire combien je tenais à ces chaussures, et de faire des câlins à toutes les vendeuses qui m’avaient suivie (que je n’avais pas vues…cela faisait une sacrée troupe). La directrice mi-amusée mi-fâchée, m’explique que toute son équipe travaille sur les films et qu’ils se sont vraiment donné du mal, que je dois passer les remercier à minima (bah même si j’ai un peu voulu m’enfuir en vrai je ne serais pas partie sans dire merci…). Je retourne sur mes pas, et j’en profite pour serrer vigoureusement toutes les mains de personnes qui ont participé à l’opération. L’autre directeur sécurité est d’ailleurs aussi un peu fâché et me dit que la prochaine fois, il faut que je revienne sur mes pas avant de mettre en branle tout le système de vidéosurveillance. Je promets solennellement, la main sur le coeur.  Et je rejoins ma chef pour vite sortir de là… je croise sur le trottoir une des filles qui m’a aidé pour la traduction, je refais le même cinéma, et je lui fais un câlin aussi.

Les mongols sont assez surpris par cette attitude, ils ne sont pas très « latins » et se touchent rarement. Point de bises chez eux.

Mais ils ont tous été sincèrement contents de savoir que j’avais retrouvé mes chaussures…

 

 

Oedipe?

« Maman, tu peux jouer à Bambi avec moi ? »

« Oui ma puce, comment fait-on ? »

« Et bien toi, tu te fais tuer par les chasseurs et moi je vais dans la forêt avec Papa, le roi de la forêt… « 

Priche

Le premier jour de sa rentrée à l’école maternelle, Julie était ravie. Mais c’est parce qu’elle n’avait pas compris qu’on allait l’y laisser toute la journée. Je l’ai retrouvée le soir dans un état fébrile. Elle m’a dit en versant de grosses larmes : « j’ai pleuré à l’école, tu sais, car après la sieste c’est l’heure des mamans, et si on ne fait pas la sieste, les mamans ne viennent pas, et moi j’ai dormi et toi, tu n’es pas venue !  » (Là c’est moi qui ai failli pleurer non mais ça ne va pas de dire ça à un enfant !). La pauvre est restée à la garderie en fait.

Le lendemain, le drame. Dès son réveil Julie me demande :

« On va où ? »

« A l’école ma puce »

«Je ne veux pas y aller ! »

Son angoisse est montée crescendo jusqu’à la maternelle. Alors qu’à côté de moi, des mamans chevronnées dont c’est manifestement au moins le second enfant, font le dépôt-déshabillage-bisou-je m’en vais à ce soir- en moins de trois minutes, moi je serrais fort ma petite puce pour la rassurer, « ne t’inquiètes pas, je ne t’abandonne pas, je suis fière de toi, je te promets ça va bien se passer je t’aime, tu vas me manquer, non lâche ma jambe – Julie calme toi- lâche mon pull, tiens prends ton doudou, oui c’est promis on viendra te chercher- mais il est où ce doudou, HORREUR le doudou n’est pas dans la caisse à doudous!!!

En larmes aussi, je vais voir la maitresse (et ignore les autres mamans qui font la queue derrière moi) et lui balance mes reproches entrecoupés de sanglots :

« Vous lui avez dit que c’était l’heure des mamans, et elle a cru que je viendrai, snif ouin ! Mais enfin pourquoi ça ne s’appelle pas l’heure de la garderie ? L’heure des nounous ? L’heure des mamans qui ne travaillent pas ? J’ai plein d’idée si vous voulez…et en plus VOUS AVEZ PERDU SON DOUDOU oooooouuuuuuuuiiiiiiinnnnnnnnn » (je pense que suite à cet épisode à la limite de l’hystérie, je vais avoir du mal à me faire des copines mamans…déjà que dans mon état normal on me trouve bizarre…).

« Madame calmez-vous ».

« Je suis très calme ! »

« Madame, c’est à vous d’expliquer à votre enfant le rôle de la garderie ».

« Hein ? »

« Madame, j’ai l’habitude des enfants …et des mères aussi…. Reprenons, le doudou, c’est quoi ? »

Dans l’émotion, je réponds « le doudou s’appelle Priche ».

La maîtresse, consternée, me demande « et vous pensez sérieusement que cette information va m’aider à le retrouver ? C’est écrit Priche dessus peut-être ? »

Je réalise qu’effectivement, il y a peu de chance que le doudou réponde à son prénom :

« non c’est marqué Julie dessus… »

« Reprenons, Madame, un doudou c’est important, de quoi s’agit-il ?

Légèrement décontenancée, je lui dis : « c’est un lapin, avec de longues oreilles ».

« Avec de longues oreilles ? Comme tous les lapins en fait ? »

« Heum oui ».

« Avez-vous regardé dans la deuxième caisse ? »

« Ah bon il y a une deuxième caisse ? »

« Oui juste là….. »

 

Effectivement c’est là que j’ai retrouvé Priche.  Ce fut un grand moment de solitude.

Parentitude, volume 8

– Vous vous réveillez en sursaut, la nuit quand les jouets qui sont inexplicablement sur votre lit finissent par tomber par terre. Ou alors, se mette en route intempestivement, comme ce petit singe qui vous invite à chanter avec tous ses amis à trois heures du matin. C’est sûr à trois heures du  matin, vous, vous n’avez pas envie de chanter. Et il y a des chances que le petit singe ait un destin tragique.

– Vous démarrez le matin avec la musique de Tchoupi dans la tête, et ça dure bien quelques heures

–  Vous collectionnez les bouts de tissus, ficelles, cartons (surtout ceux du papier toilette), boutons, et bouchons, pour les loisirs créatifs. Ça sert toujours.

– Chez vous, il y a des chiquettes de papier partout (voir à loisirs créatifs ci-dessus)

– Toujours un paquet d’avance (lait en poudre, couches, papier toilette, café x2, piles, lingettes),  telle est vote devise.

– Vos soirées ne sont plus très festives : en fait il est rare que vous voyiez la fin du film. En général vous vous endormez environ quinze minutes après le début….Et pour regarder une émission en replay, il faut bien compter trois jours avec les interruptions intempestives.

– un réveil à 8h00 du matin rentre désormais dans la catégorie « grasse matinée ».